Soins

Quand le milieu de la santé a perdu son humanité

Avant Propos

Aujourd’hui, je suis un peu bouleversée. Aujourd’hui, je me rends compte une nouvelle fois que le milieu médical n’est plus ce qu’il était. J’avais choisi le métier d’infirmière parce que je voulais contribuer à un mieux être chez mes patients. J’ai toujours aimé ce côté profondément humain de la profession qui me collait à la peau. Puis ça a dégénéré, petit à petit, on ne s’occupait plus de patients mais de numéros de chambre.
Comment on a pu en arriver là ? L’argent, encore et toujours ! Ou plutôt l’arrivisme de personnes bien plus haut placées que nous.

Depuis quelques années déjà, je ne me retrouve plus dans la profession d’infirmière parce que comme beaucoup de professionnels de santé, la pression constante m’a épuisée. Le fait de ne pas avoir le temps d’écouter un patient m’expliquer pourquoi il ne se sent pas bien le matin me met hors de moi. Bref, c’est une grosse partie de ce qui a motivé ma reconversion professionnelle. Sauf qu’aujourd’hui, j’ai une nouvelle fois été confrontée à ce qui m’a dégoutée du métier et je me rends compte que ça a empiré.

Mais que s’est-il passé aujourd’hui ?

En tant que consultante en périnatalité, je suis actuellement un couple pour un accouchement mi-juin. Depuis vendredi dernier, ce couple a le Covid et la future maman est au trente sixième dessous. Déjà d’un point de vue physique puisque c’est une grossesse un peu compliquée. Mais surtout d’un point de vue psychologique car elle est très isolée.
Aujourd’hui, elle était si mal qu’elle a dû appeler le 15 qui lui a envoyé une ambulance. Le souci c’est que quand on est enceinte personne ne sait qui doit nous prendre en soin. La femme enceinte se transforme donc en balle de ping-pong le temps qu’un service se décide à récupérer le « bébé ».
Résultat des courses, elle est passée de l’unité Covid à la maternité à … Chez elle.

Pourquoi une femme enceinte de sept mois ayant perdu 7 kilos depuis le début de sa grossesse, éprouvant des douleurs invalidantes, des nausées l’empêchant d’avaler quoi que ce soit et des idées noires ne reste pas hospitalisée ? Déjà parce que bébé va bien et en plus elle a le Covid ! Oui, apparemment la femme enceinte en est réduite à l’état de simple incubateur. Et le Covid c’est un peu la peste ou le choléra choisissez.

Je ne cesse de me demander comment on peut se retrouver fasse à une personne qui nous explique son mal-être physique et psychique et lui dire « débrouillez vous » ? Il y a quelques jours, j’ai vu que le taux de stress post-traumatique après la grossesse était passé de 3 à 75% avec la crise Covid. Avec de tels comportements, je comprends complètement ce nombre !

Comme un air de déjà vu

Pendant ma première grossesse, je suis passée en grossesse pathologique à sept mois de grossesse. Mon bébé était en retard de croissance intra-utérin. Si aujourd’hui je peux vous expliquer en détails ce qu’est le retard de croissance intra utérin et le suivi intensif de grossesse, à l’époque il n’en était rien. Et j’ai été balancée dans le système comme un vulgaire sac de patates.

Tout au long de ce suivi, je n’ai jamais eu d’explications, pour rien. J’étais un incubateur qui devait laisser son ventre en libre accès pour que les professionnels puissent vérifier que bébé allait bien. Un jour j’ai craqué et j’ai demandé si ça intéressait quelqu’un de savoir comment j’allais. « Si vous voulez parler de vous allez voir votre sage-femme libérale ». Voilà, le ton était donné.

J’ai très mal vécu cette grossesse à cause de ce manque total d’humanité. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je n’ai jamais compris comment dans des services où il devrait y avoir de la joie on puisse autant manquer de bienveillance. Pour ma deuxième grossesse, j’étais encore marquée de mon vécu. Si bien que j’ai décidé de me faire suivre uniquement par mon médecin traitant et c’est tout. J’ai pleuré d’angoisse avant l’échographie du deuxième trimestre de peur de retourner dans cette spirale infernale. Et d’ailleurs, cette expérience est aussi une partie de mon souhait de reconversion professionnelle.

Mais que se passe t-il dans le milieu de la santé ?

Je ne blâme aucun corps de métier, ce n’est pas un article pour incriminer qui que ce soit. J’essaie juste d’analyser un peu ce qui se passe. Comme je suis issue de ce milieu, j’ai pu voir la situation se dégrader de l’intérieur.

Si je dois incriminer quelque chose c’est bien les restrictions budgétaires ! Travailler à flux tendu pendants des mois c’est compliqué, je ne vous apprend rien. Mais quand ce flux tendu devient permanent car la hiérarchie s’est rendue compte qu’on arrivait à gérer en sous effectif, il y a de quoi vriller. Et quand ce sous effectif devient un effectif normal et qu’on nous retire à nouveau du personnel ça devient un cercle vicieux.

Maintenant parlons de l’auto-remplacement car dorénavant c’est comme ça que ça se passe. Les intérimaires ça coûte cher alors le personnel revient sur ses jours de repos. Et ses repos, ils ne sont pas rémunérés en heures supplémentaires, il faut les poser ailleurs. Mais ce serait trop beau s’ils pouvaient être posés facilement donc il faut les mettre sur un compte épargne temps.

Alors voilà comment ça se passe à l’intérieur. Il y a de quoi y perdre un peu d’humanité et en même temps est ce que quelque chose justifie ce manque d’humanité ? Les métiers de la santé doivent être des métiers de vocation. Quand on perd cette vocation, est-ce judicieux de continuer sur cette voie ? Est-ce qu’on peut se permettre de traumatiser des patients au seul titre de notre épuisement ?
Et qu’on ne m’invoque pas la raison du Covid ! Le Covid a bon dos car quand j’ai vécu mon traumatisme de la grossesse, c’était 3 ans avant l’apparition de cette fichue pandémie.

Que faire alors ?

Je pense qu’en tant que patiente, le mieux à faire est de ne pas vous laisser faire. Facile à dire je sais mais c’est important.
Beaucoup de personnes sont « impressionnées » par l’effet blouse blanche. Le tout puissant médecin à qui on ne se permet pas de dire quoique ce soit. Et bien ce tout puissant médecin reste un être humain au même titre que vous !

N’hésitez pas à exprimer votre ressenti. Les personnes que vous avez en face de vous peuvent aussi ne pas se rendre compte qu’elles manquent de bienveillance. Parties dans leur routine, certaines personnes en oublient qu’elles ont des êtres humains en face d’elles. En tout cas c’est le ressenti que j’en ai eu quand on me considérait comme un incubateur.

Enfin, il faut vous rappeler que certains comportements ne sont pas acceptables. Si vous subissez une situation qui n’est pas tolérable pour vous, vous êtes en droit de porter plainte. Cela peut paraître un peu extrême mais je suis persuadée que c’est grâce aux soignés que les soignants pourront retrouver leur humanité.

Pour Conclure…

Alors voilà, cet article était un peu hors sujet par rapport à tout ce que j’ai pu écrire jusqu’à maintenant. Je n’ai pas vraiment envie de replonger dans mon ancienne profession mais il y a des situations qui inévitablement me font faire quelques bonds en arrière. Et malgré tout, je suis et resterai infirmière même si je n’exerce plus en tant que tel, ce métier fait partie de ma vie.

J’espère que cet article vous a plus. N’hésitez pas à le partager et à commenter.
Et vous, avez vous vécu des situations intolérables ?

You may also like...

2 Comments

  1. C’est une véritable catastrophe… Mais comment demander au personnel médical d’être plus humain et bienveillant alors qu’il y a un tel manque de temps, de structures et de personnel…
    Difficile de les blâmer, et pourtant le constat est terriblement choquant…

    1. Je suis tout à fait d’accord avec toi Claire, c’est difficile de blâmer le personnel soignant mais en même temps c’est difficile d’être un patient et de vivre ces situations intenables. C’est un peu un cercle vicieux et il sera vraiment important de trouver des solutions pour en sortir.

Et vous, qu'en pensez-vous?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :