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Avant Propos

Parce que j’aime bien vous sortir des termes de sous les fagots ! Et en plus le couple que j’accompagne actuellement aime aussi les situations extraordinaires … Alors, parlons de l’hyperémèse gravidique. Si, si, ça existe !

Comme je vous le disais juste au dessus, le couple que j’accompagne actuellement me fait redécouvrir des pathologies de grossesse que j’avais oubliées.
Et c’est ironique quand je dis qu’ils aiment les situations extraordinaires vous vous en doutez bien parce que l’hyperémèse gravidique c’est une vraie galère. Aussi imbuvable que son nom en fait ! Mais c’est une situation réellement extraordinaire puisqu’elle ne touche qu’environ 3% des femmes enceintes.

Mais qu’est ce que c’est ? Comment la reconnaître ? Comment la traiter ? Quels en sont les risques ? Dans cet article, je vous décortique l’hyperémèse gravidique.

Qu’est ce que c’est ?

On va faire un peu d’étymologie pour expliquer l’hyperémèse gravidique (HG dans la suite de l’article).
Hyper- : c’est un préfixe qui exprime l’excès
Emèse : du latin emeticus qui signifie vomir/vomissement
gravidique : relatif à l’état de grossesse

Donc l’HG correspond aux formes sévères de nausées et vomissements pendant la grossesse associées à une aversion alimentaire totale et une perte de poids très importante (plus de 5% du poids d’avant grossesse).

Quelle différence avec les nausées du premier trimestre ?

Je vois la question arriver et elle est légitime. En effet, pour certaines, les nausées du premier trimestre peuvent être plutôt intenses et on peut se questionner sur leur nature pathologique ou non. D’ailleurs, même les professionnels de santé ont tendance à minimiser l’HG tant les nausées de grossesse sont un symptôme courant.

D’ailleurs n’hésitez pas à aller relire mon article sur les nausées qui contient plusieurs solutions pour en venir à bout. Malheureusement, on a testé pour vous … Ces solutions ne fonctionnent pas en cas d’HG.

Le score de PUQE

Pour faciliter le diagnostic, un score a été mis en place. Le score de PUQE.
Je suis assez mauvaise en anglais mais je vous fais tout de même une petite traduction des grands points :
1. En moyenne par jour, quelle est la durée de vos nausées ou douleurs à l’estomac ?
2. En moyenne par jour, combien de fois avez vous vomi ou régurgité ?
3. En moyenne par jour, combien de fois vomissez vous ou avez vous des hauts de cœur sans rien avaler ?
Question supplémentaire : notez votre qualité de vie entre 0 (la pire possible) et 10 (aussi bonne qu’avant la grossesse).

En additionnant les résultats des 3 questions, vous obtenez un score entre 3 et 15.
Inférieur à 6, vos nausées/vomissements sont dans la moyenne.
Entre 7 et 12, vous souffrez d’un syndrome de nausées/vomissements gravidiques modéré.
Egal ou supérieur à 13 vous souffrez d’HG.

Comme vous pouvez le constater, le score de PUQE est plutôt intéressant comme outil de diagnostic de l’HG. Mais encore faut-il que les professionnels de santé pensent à l’utiliser. En effet, comme je le disais plus haut, les nausées/vomissements de grossesse sont un symptôme très courant de grossesse puisqu’il touche environ 85% des femmes enceintes. C’est d’ailleurs le souci qu’a eu ma cliente à qui on a répondu : « faut se forcer à manger ma belle et ça ira mieux ». Ceci alors qu’elle avait déjà largement atteint la perte des 5% du poids d’avant grossesse.

Mais attention, le score de PUQE seul ne suffit pas à diagnostiquer une HG, il y a d’autres critères à prendre en considération.

Les autres outils de diagnostic

Devant une patiente enceinte qui se plaint de nausées/vomissements persistants et détériorant significativement la qualité de vie, il convient de faire des recherches. L’objectif étant justement d’éviter d’atteindre l’HG qui peut avoir des conséquences potentiellement graves dont on parlera ensuite.

Tout d’abord, il est important de déterminer si la patiente présente des facteurs de risque d’HG tels que : des antécédents de migraine, des antécédents d’HG d’une grossesse précédente ou d’une membre de la famille, une intolérance aux contraceptifs oestro-progestatifs ou encore un volume placentaire élevé.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que si vous avez plus de 35 ans, que vous fumez et que vous attendez un garçon, vous êtes moins à risque de présenter une HG … Par contre je ne vous encourage absolument pas à fumer pendant votre grossesse ! En effet le tabac a d’autres effets délétères bien pourris eux aussi.

Ensuite il est important de faire ce qu’on appelle un diagnostic différentiel. C’est à dire vérifier qu’il ne s’agit pas d’une autre maladie. Surtout si les nausées et vomissements perdurent au delà de 9 semaines de grossesse. Ainsi on recherchera un problème au niveau de la vésicule biliaire, du pancréas ou de l’appendice par exemple. On fera aussi le diagnostic différentiel avec la pré éclampsie car dans ces deux maladies de la grossesse, on retrouve … des protéines dans les urines ! Et oui, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Et bien finalement ce n’est pas si compliqué car dans le cas de l’HG, c’est une grosse partie du bilan sanguin qui est perturbée. En effet, on y retrouve des signes de déshydratation, une perturbation du bilan urinaire, hépatique, pancréatique. Avouez que ça vous fait rêver !

Quels sont les risques ?

Avertissement !

Avant de débuter cette partie, je tiens à vous rappeler que je ne suis ni médecin ni sage-femme. Mes propos sont un condensé de mes connaissances et de mes recherches mais vous ne pouvez pas établir vous-même de diagnostic à l’aide de cet article. Deuxième rappel, je ne veux faire paniquer personne, les risques et complications que je vais évoquer sont POTENTIELS, pas obligatoires et largement évitables si vous ne vivez pas en mode troglodyte loin de tout système de santé non préhistorique.

Fin de l’avertissement

Revenons en aux risques et complications qui comme je le disais plus haut peuvent être graves mais sont rarissimes. Ils sont essentiellement pour la future mère puisque le bébé prend systématiquement ce sont il a besoin.

Risques pour la future mère

Ainsi ces risques sont essentiellement liés aux carences provoquées par l’absence d’alimentation et d’hydratation. On retrouve donc l’encéphalopathie de Wernicke, la rupture œsophagienne, le pneumothorax, la nécrose tubulaire aigüe. Vous comprenez maintenant pourquoi je vous ai fait ces rappels juste au dessus ? NE PANIQUEZ PAS c’est POTENTIEL et FACILEMENT EVITABLE !

Alors que je vous explique tout ces mots de jargon médical imbuvable.

  • L’encéphalopathie de Wernicke est une complication neuropsychiatrique aigüe liée à une forte carence en vitamine B1. On la retrouve le plus souvent chez des personnes souffrant d’alcoolisme chronique. Assez contradictoire avec la consigne du 0 alcool enceinte je vous l’accorde ! On peut la traiter et il faut d’ailleurs le faire en urgence car le risque majeur est le décès de la future mère ou l’installation d’un handicap neurologique de type démence.
  • La rupture œsophagienne ou syndrome de Boerhaave est une brèche de la paroi de l’œsophage liée à une trop forte pression sur l’œsophage notamment en cas d’efforts vomissements répétés et intenses. C’est un syndrome rarissime et heureusement.
  • Le pneumothorax correspond à un remplissage d’air ou de gaz dans la cavité pleurale liée toujours aux efforts nombreux et intense de vomissement.
  • La nécrose tubulaire aigüe est une sorte d’insuffisance rénale aigüe due à la mort des cellules épithéliales tubulaires.

Risques pour le bébé

Il y a heureusement peu de risques pour le bébé comme je le disais plus haut. La nature est bien faite votre corps continue de nourrir votre bébé en puisant dans ses réserves. Ceci explique probablement la grosse perte de poids qui n’est pas uniquement liée à l’absence d’alimentation.

Les risques arrivent donc lorsque le corps n’a plus assez de réserves pour bébé et ainsi on peut noter un risque de faible poids ou taille de naissance ainsi qu’un risque de prématurité. Pour la prématurité, les efforts intenses et répétés de vomissement (encore eux) pourraient avoir une responsabilité dans la survenue des contractions de travail.

Encore heureusement il n’y a à ce jour pas de rapport observé entre l’HG et la mortalité périnatale. Ce qui est plutôt rassurant.

Comment la traiter ?

Pour traiter l’HG, il n’y a pas 36 solutions, c’est l’hospitalisation.
Dans un premier temps, les apports par voie orale vont être stoppés. Tout se passera pas voie intraveineuse (perfusion) où on vous apportera une réhydratation, des vitamines et bien sûr des médicaments pour calmer les symptômes.
En parallèle, vous verrez différents spécialistes pour trouver la cause de votre problème : psychiatre, diététicien, gynécologue, sage-femme ou encore gastro-entérologue. Vous aurez au moins une prise de sang mais elle peut être complétée par des examens complémentaires selon ses résultats (échographie notamment).
Une fois que les symptômes sont contrôlés, les apports par voie orale vont être progressivement repris et vous devriez pouvoir rentrer chez vous.

Pour conclure

L’HG est une maladie de la grossesse très rare mais très handicapante. Outre ses risques potentiellement graves en cas d’absence de traitement, elle nuit fortement à la qualité de vie de la femme enceinte qui ne peut plus s’alimenter et perd poids et force à vue d’œil. Et si la situation s’éternise comment la femme pourra-t-elle pousser le moment venu ? Rappelons tout de même que l’accouchement pousse la femme au delà de ses limites mais si elles sont déjà atteintes ? Le problème majeur est que les symptômes de l’HG sont largement minimisés et peu pris en considération du fait de la grande fréquence des nausées et vomissements pendant le premier trimestre de grossesse.

Cependant, je trouve que ce genre de situation met l’accent sur un autre problème. Pourquoi les femmes ne sont pas écoutées ? Tout comme la douleur est personnelle et subjective, les sensations de l’HG ne sont pas à prendre à la légère. Je ne vais pas repartir sur le débat de la souffrance de notre système de santé mais il est inévitable que la question se pose.

Il n’y a pas plus imprévisibles qu’une grossesse et un accouchement. A ce titre il serait judicieux d’enfin prendre en considération ce que ressentent les femmes enceintes dans LEUR corps.

J’espère que cet article est suffisamment complet pour répondre à vos questions. Et parce que j’aime bien vous poser des questions : faites vous partie de ces fameux 3% de femmes souffrant d’HG ?

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